Amorim à l’AC Milan : le 3-4-3 peut-il fonctionner en Serie A ?
Introduction : la bonne ligue au bon moment
Quand on a appris l’échec d’Amorim à Manchester United, beaucoup ont pointé la rigidité de son système comme cause principale. Le 3-4-3 ne fonctionnerait pas dans le football moderne, trop exposé, trop exigeant, trop difficile à imposer dans un championnat aussi intense que la Premier League.
Ce diagnostic mérite d’être nuancé. Parce que la Premier League n’est pas la Serie A. Et la Serie A, paradoxalement, pourrait être l’environnement le plus favorable qui soit pour le football d’Amorim.
Ce n’est pas une intuition. C’est une analyse.
→ Pour comprendre le système complet d’Amorim : Rúben Amorim : comprendre son projet de jeu au-delà des résultats
La Serie A, terrain naturel des défenses à trois
Avant de parler de Milan spécifiquement, il faut d’abord comprendre pourquoi la Serie A est structurellement plus compatible avec le 3-4-3 que la Premier League.
Le championnat italien est historiquement le plus ouvert tactiquement d’Europe. Là où la Premier League est dominée par les défenses à quatre, la Serie A a toujours laissé de la place aux systèmes à trois derrière. L’Inter de Simone Inzaghi a joué en 3-5-2 dde nombreuses années et a dominé le championnat. L’Atalanta de Gasperini a popularisé le 3-4-3 offensif bien avant Amorim. La Juventus, la Lazio et la Roma ont tous utilisé des variantes de la défense à trois ces dernières saisons.
Sur le plan tactique, plusieurs analyses récentes soulignent qu’un schéma en 3-4-3 ou 3-5-2 flexible permet d’assurer la solidité défensive tout en proposant des solutions offensives via des pistons qui montent et des milieux créatifs. C’est précisément la direction que prend le football italien de haut niveau.
Autrement dit, Amorim n’arrivera pas en terre inconnue. Il arrivera dans une ligue où son système est déjà compris, déjà respecté, déjà pratiqué par certains des meilleurs clubs du continent.
C’est exactement l’opposé de ce qu’il a vécu en Angleterre.
Milan a déjà joué en 3-5-2 cette saison : un détail capital
C’est l’information que tout le monde sous-estime. Milan a évolué principalement dans un système en 3-5-2 cette saison, un système utilisé pour 34 matchs de Serie A. Les autres formations utilisées ont été le 3-4-2-1 et le 4-3-3.
En clair : les joueurs de Milan savent déjà défendre à trois, sortir le ballon depuis une ligne de trois centraux, et utiliser des pistons. La base culturelle est déjà là. Amorim n’aura pas à reconstruire des automatismes from scratch comme il a dû le faire à United avec des joueurs formés dans des systèmes à quatre pendant toute leur carrière.
Le 3-5-2 d’Allegri et le 3-4-3 d’Amorim ne sont pas identiques, loin de là. Mais la transition sera infiniment plus fluide que ce qu’il a vécu en Angleterre.
Les profils de l'effectif : joueur par joueur
C’est ici que l’analyse devient vraiment intéressante. L’été 2025 a été marqué par un mercato de grande ampleur à Milan. Du côté des départs, les plus notables sont ceux de Tijjani Reijnders, vendu à Manchester City pour près de 55 millions d’euros, et de Theo Hernández, parti rejoindre Al-Hilal en Arabie Saoudite. Ces fonds ont été réinvestis avec des profils variés : Luka Modrić, Adrien Rabiot, Christopher Nkunku, Ardon Jashari, Samuele Ricci, Koni De Winter et Pervis Estupiñán.
Analysons l’effectif poste par poste à travers le prisme du 3-4-3 d’Amorim.
Le gardien : le profil parfait existe déjà
Mike Maignan est l’un des meilleurs gardiens du monde dans le jeu au pied. Dans le système d’Amorim, le gardien est un acteur permanent de la construction, un onzième joueur de champ qui participe à la relance et permet de créer des surnombres. C’est exactement le profil de Maignan.
C’est peut-être le point le plus positif de toute cette analyse. Amorim disposera à Milan d’un gardien libéro de classe mondiale dès son premier jour. Ce qu’il n’avait pas toujours eu à sa disposition au Sporting ni à United.
→ Pour comprendre le rôle du gardien dans son système : Relance arrière et défense à trois : la clé du 3-4-3 d’Amorim
La défense à trois : des profils solides mais à optimiser
Matteo Gabbia confirme sa progression et s’impose comme un titulaire fiable. Fikayo Tomori reste une valeur sûre en défense centrale. Strahinja Pavlović, 25 ans, apporte de la présence physique.
Dans le 3-4-3 d’Amorim, rappelons-le, les trois centraux ont des rôles distincts. Le central axial doit être capable de sortir de sa ligne, de construire, de prendre des risques. Les deux centraux excentrés doivent être bons relanceurs, à l’aise techniquement sous pression.
Tomori, athlétique et rapide, pourrait parfaitement tenir le rôle de central excentré droit. Gabbia, bon technicien, conviendrait en central axial. Pavlović en excentré gauche.
La question reste ouverte sur le niveau de technicité requis. Amorim n’a jamais caché qu’il préférait des centraux capables de jouer vite sous pression. Gabbia et Tomori sont bons, mais ils ne sont ni Gonçalo Inácio ni Coates. Un renfort ciblé dans ce secteur au mercato estival semble probable.
Les pistons : le chantier prioritaire
C’est le point de vigilance le plus important. Et il faut être honnête sur ce sujet.
Le départ de Theo Hernandez laisse un vide réel sur le flanc gauche. Le Français était une menace permanente, capable d’éliminer en 1v1 et de centrailler à haute fréquence. Exactement le profil d’un piston chez Amorim.
Davide Bartesaghi, 20 ans, s’illustre comme l’un des jeunes latéraux les plus prometteurs de Serie A. Pervis Estupiñán, 28 ans, recruté cet été, est un profil de latéral offensif.
Estupiñán est une option sérieuse à gauche. À Brighton puis à Chelsea, il avait montré sa capacité à jouer dans des systèmes exigeants, à centrer, à progresser balle au pied. C’est un bon profil de piston, même s’il n’est pas au niveau de Nuno Mendes ou de Theo Hernandez.
À droite, la situation est plus floue. Alexis Saelemaekers, 26 ans, est l’un des joueurs les plus actifs de l’effectif avec 30 apparitions. Polyvalent, capable de jouer sur le côté droit, il pourrait dépanner au poste de piston droit. Mais Amorim aura besoin de recruter un vrai spécialiste à ce poste pour que son système tourne à plein régime.
Le double pivot : des profils intéressants, des questions ouvertes
Dans le 3-4-3 d’Amorim, le double pivot est le cœur du réacteur. Un joueur défensif pour protéger et couvrir, un joueur plus technique pour construire, casser les lignes, dicter le tempo.
Youssouf Fofana, le milieu français de 27 ans, reste une valeur sûre du dispositif milanais. Ardon Jashari, 23 ans, apporte de l’énergie et de la créativité dans l’entrejeu. Samuele Ricci, 24 ans, est un profil technique et intelligent sous pression.
Fofana comme milieu défensif pur du double pivot : c’est un excellent profil. Solide, physique, capable de protéger la défense à trois. C’est le 6 qu’Amorim a souvent cherché.
Ricci ou Jashari comme partenaire plus technique dans le pivot : les deux ont le profil. Ricci notamment, formé à Empoli dans un système très orienté possession, pourrait vraiment s’épanouir dans ce rôle.
La question Rabiot est plus délicate. Box-to-box, physiquement imposant, mais peut-être trop lent dans les transitions pour les exigences du système d’Amorim. Un profil de rotation plutôt que de titulaire indiscutable.
Les joueurs offensifs : c’est ici qu’Amorim peut briller
Et c’est là que le scénario devient vraiment excitant.
Dans le 3-4-3, les trois joueurs offensifs sont un attaquant axial et deux milieux offensifs intérieurs, capables de permuter, d’entrer dans l’axe, de combiner dans les demi-espaces.
Rafael Leão dans ce rôle d’ailier intérieur gauche ? C’est potentiellement dévastateur. Sa vitesse, sa capacité à éliminer en 1v1, son instinct offensif. Il aura plus de liberté que dans un système classique, moins de responsabilités défensives que dans un rôle de piston.
Christian Pulišić à droite : un profil idéal. Box-to-box, technique, capable de presser haut et de finir. À Chelsea et à Milan, il s’est montré à son meilleur dans des rôles d’intérieur droit actif.
Christopher Nkunku, recruté à Chelsea pour 37 millions d’euros, peut jouer aussi bien en position d’attaquant central que de milieu offensif. Dans le rôle de numéro 9 mobile d’Amorim, ou comme troisième option dans le trio offensif, il pourrait être une pièce maîtresse.
Ce que le football italien pardonne et ce qu'il ne pardonne pas
Il reste une question de fond : est-ce que le 3-4-3 d’Amorim avec son pressing haut et sa ligne haute est compatible avec les caractéristiques de la Serie A ?
Selon Opta, l’utilisation de séances spécifiques pour le pressing et la défense en zone a augmenté en Serie A. Le résultat observable se traduit par une meilleure coordination collective et moins d’erreurs en phase haute. Le football italien évolue. Les équipes qui gagnent ne font plus que défendre bas.
Ce que la Serie A pardonne moins que la Premier League : l’exposition défensive dans les transitions. Les équipes italiennes sont expertes en contre-attaques rapides, en jeu de couloir, en exploitation des espaces laissés derrière les pistons. C’est précisément le talon d’Achille du système d’Amorim.
À United, les pistons montaient trop haut trop simultanément, laissant des espaces que les adversaires exploitaient. À Milan, face à des équipes comme l’Inter ou Naples, ce problème pourrait se reproduire si les pistons ne sont pas des profils athlétiques capables de faire les allers-retours à haute intensité pendant 90 minutes.
C’est le vrai défi tactique qui attend Amorim à San Siro.
Conclusion : oui, mais sous conditions
Le 3-4-3 d’Amorim peut fonctionner en Serie A. Les conditions sont même plus favorables qu’elles ne l’étaient en Premier League. La ligue est familière avec les défenses à trois, Milan a déjà les automatismes de base, Maignan est le gardien idéal pour ce système, et le trio offensif Leão-Nkunku-Pulišić a le profil pour s’épanouir dans ce cadre.
Mais il y a un chantier prioritaire et non négociable : les pistons. Sans un vrai spécialiste à droite et un profil de haut niveau à gauche pour remplacer Theo Hernandez, le 3-4-3 sera bancal. Ce sera le premier dossier du mercato estival d’Amorim.
Si Milan recrute les bons profils aux postes de pistons, ce 3-4-3 peut non seulement fonctionner, mais faire du mal à toute la Serie A. Maignan, Leão, Pulišić, Fofana, Ricci. Les fondations existent.
Reste à construire le reste.
→ Pour comprendre le rôle clé des pistons dans son système : Les pistons dans le 3-4-3 d’Amorim

